Infertilité : diagnostic et traitements modernes
Infertilité : réserve ovarienne, tests génétiques chez l'homme, IA pour retrouver les spermatozoïdes et recommandation de l'OMS 2025. Ce qui a changé.
Les nouvelles technologies dans le diagnostic et le traitement de l’infertilité : ce qui a changé, et pourquoi votre médecin doit continuer à se former
En bref : la prise en charge de l’infertilité a beaucoup évolué : les dosages sanguins et l’échographie 3D mesurent aujourd’hui la réserve ovarienne, les tests génétiques expliquent de nombreux cas d’infertilité masculine, l’intelligence artificielle peut retrouver de rares spermatozoïdes dans des échantillons jugés vides, et la première recommandation mondiale de l’OMS sur l’infertilité a été publiée en novembre 2025. Certains nouveaux tests sont précieux ; d’autres sont vendus sans preuve. Un spécialiste qui continue à se former offre au couple un diagnostic plus rapide, le bon traitement dès le départ et moins d’actes inutiles.
Environ un couple sur six a des difficultés à concevoir. Il y a vingt ans, beaucoup s’entendaient dire « tout est normal, continuez d’essayer » ou enchaînaient examens et interventions. Aujourd’hui, les outils modernes permettent une réponse plus claire, plus tôt. Mais leur valeur dépend d’un médecin qui sait quand les utiliser, comment les interpréter et quand dire qu’un examen ne changera rien.
Ce qui a changé dans le diagnostic
La réserve ovarienne : une image plus claire du stock d’ovocytes
Le dosage de l’AMH et le compte des petits follicules à l’échographie donnent une bonne estimation du nombre d’ovocytes restants. Cela aide à décider si le couple peut continuer d’essayer naturellement ou doit passer plus tôt au traitement, et à doser les médicaments en cas de FIV. Notre article sur [la réserve ovarienne](/fr/réserve-ovarienne/) explique ces examens. L’AMH mesure la quantité et non la qualité des ovocytes, et ne permet pas de prédire la date exacte de la ménopause.
Des examens plus doux des trompes et de l’utérus
L’hystéroscopie au cabinet, réalisée avec une caméra très fine, souvent sans anesthésie générale, permet de voir et de traiter des anomalies dans l’utérus comme les polypes. Les trompes peuvent être explorées par une échographie avec une mousse ou un liquide de contraste, sans rayons X. L’échographie 3D montre la forme de l’utérus en détail et peut révéler une cloison ou une autre malformation sans chirurgie.
L’homme : d’un simple spermogramme à un bilan complet
Un facteur masculin est présent chez environ la moitié des couples infertiles. L’analyse du sperme assistée par ordinateur donne des résultats plus réguliers, le test de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes peut aider dans certains cas (fausses couches à répétition ou échecs répétés de FIV), et les tests génétiques, comme le caryotype et la recherche de microdélétions du chromosome Y, expliquent de nombreux cas de spermatozoïdes très rares ou absents. Chez l’homme sans spermatozoïdes dans l’éjaculat, l’extraction microchirurgicale dans le testicule (Micro-TESE) en retrouve dans une bonne proportion de cas. En 2025, des chercheurs ont rapporté la première grossesse obtenue grâce à un système d’intelligence artificielle (appelé STAR) qui a analysé un échantillon à très grande vitesse et retrouvé quelques spermatozoïdes cachés chez un homme à qui l’on avait dit qu’il n’en avait aucun. Cela reste à un stade précoce.
Le dépistage génétique des porteurs
Le dépistage élargi des porteurs teste les deux partenaires pour de nombreuses maladies héréditaires récessives à la fois. Il est particulièrement utile là où les mariages entre apparentés sont fréquents, et permet aux couples à risque d’envisager des options comme le diagnostic génétique des embryons.
Ce qui a changé dans le traitement
· L’induction de l’ovulation : le létrozole est devenu le comprimé de première intention pour de nombreuses femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques, selon la recommandation internationale sur le SOPK.
· La préservation de la fertilité : la congélation d’ovocytes et d’embryons, et dans certains cas de tissu ovarien, peut protéger la fertilité avant un traitement du cancer. Voir notre article sur [la préservation de la fertilité chez les patients atteints de cancer](/fr/préservation-de-la-fertilité-chez-les-patients-cancéreux/).
· Un traitement personnalisé : les hormones, la réserve ovarienne et la cause de l’infertilité sont utilisées ensemble pour choisir entre essais naturels, insémination, FIV ou ICSI, au lieu d’un même plan pour tous.
· Les outils numériques : les applications d’ovulation et les objets connectés aident certains couples à choisir le moment des rapports, et la téléconsultation permet une première consultation à distance, précieuse pour les couples vivant à l’étranger.
Des examens et traitements sans preuve
À côté des vrais progrès, de nombreux examens et traitements sont proposés à des couples inquiets sans preuve solide : vastes bilans « immunologiques », certains compléments aux promesses spectaculaires, et options censées « booster » les résultats. La nouvelle recommandation de l’OMS et les recommandations de l’ESHRE aident à distinguer l’utile de l’inutile. Un bon spécialiste ne prescrit un examen que si son résultat changera le traitement.
Comment le spécialiste de l’infertilité se tient à jour, et pourquoi c’est important
Le savoir du spécialiste est le premier outil du patient. Le garder à jour demande une démarche régulière :
· Les recommandations : celle de l’OMS sur la prévention, le diagnostic et le traitement de l’infertilité (2025), les recommandations de l’ESHRE (par exemple sur l’infertilité inexpliquée et l’endométriose), la recommandation internationale fondée sur les preuves pour le SOPK, le manuel de laboratoire de l’OMS pour l’analyse du sperme, et les recommandations de l’Association européenne d’urologie sur l’infertilité masculine.
· Les revues et synthèses : Human Reproduction, Fertility and Sterility, Andrology, et les revues Cochrane en gynécologie et fertilité.
· Les congrès et la formation en ligne : congrès de l’ESHRE et de l’ASRM, leurs webinaires, et des cours spécialisés en andrologie et en endocrinologie de la reproduction.
· Le travail en équipe : des échanges réguliers avec les embryologistes, andrologues, urologues et généticiens, car beaucoup de couples ont besoin de plusieurs spécialités.
· L’esprit critique : se demander, pour chaque nouvel examen, s’il a été correctement étudié, s’il augmente les chances de naissance vivante et s’il vaut son coût pour le couple.
· L’auto-évaluation : analyser les résultats du centre et l’expérience des patients, et tirer des leçons des cas qui se sont mal passés.
Quand le spécialiste ne se tient pas à jour, le couple paie en temps, la seule chose qu’on ne peut pas rattraper en fertilité, surtout après 35 ans. Il peut recevoir des traitements dépassés, passer à côté d’un diagnostic qu’un examen moderne aurait posé, subir une intervention qui n’est plus conseillée, ou dépenser de l’argent pour des options non prouvées. Se tenir à jour n’est donc pas seulement un devoir professionnel : c’est une partie directe des soins.
Notre approche
Le Dr Najeeb Layyous est membre de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie, du Comité jordanien de la fertilité, de la Société jordanienne de fertilité et de génétique et du groupe Cochrane sur les troubles menstruels et l’infertilité. Nous évaluons les deux partenaires dès la première consultation, utilisons les examens qui changeront le plan de traitement, et expliquons clairement chaque option pour que chaque couple puisse décider en toute connaissance de cause.
Je tiens à remercier le Dr Najeeb Layyous et la Dre Alaa pour le suivi qui a conduit, si Dieu le veut, à une grossesse. Vraiment parmi les meilleurs médecins, surtout dans leur attitude — respectueux et dignes. Et à l’équipe — Lina, Dina et Shireen — excellentes dans leur travail, courtoises et toujours souriantes. Merci à toutes et à tous.